Assemblée de district 2002 : un nouveau tract à destination des jeunes Témoins

Jeunes gens

Qu’allez vous faire de votre vie ?

 

« Devant la défection croissante de leur assistance aux réunions, et l’hémorragie de nouvelles recrues, de la fuite éperdue de jeunes gens qui ouvrent les yeux et fuient avec courage l’endoctrinement sectaire, la Société vient de distribuer à qui en veux-tu en voilà, un tract pour se doter d’un nouvel outil de reproduction de ses effectifs. Il est, en effet, plus que jamais nécessaire de fournir à « l’esclave fidèle et avisé », des adeptes dociles en ciblant si possible les plus jeunes, rappelant au besoin aux parents leurs devoirs d'inclure dans l'éducation qu’ils transmettent à leurs enfants, la discipline orientée et les principes de la Société Watchtower.

Quel est le contenu  de ce tract ? Comment la Société peut-elle faire davantage ou autrement pour atteindre ses objectifs ? Rappelons-le, la Société a intérêt à forger via la direction influente, parce que légitime des parents, -- ses adeptes – le renouvellement de ses futurs propagandistes de demain. Au delà de ce qui apparaît naturel dans la volonté de parents responsables de transmettre les meilleures principes à leur progéniture, nous essaierons de distinguer l’éducatif, dans son principe de servir l’intérêt exclusif de l’enfant, de l’endoctrinement pur destiné à biaiser l’éducation pour se constituer à moindres frais, et avec la meilleure des raisons, un futur vivier d’adeptes conditionnés à leur tour pour recruter et reproduire plus tard le modèle parental qu’ils lègueront à leurs propres enfants.

C’est au détour d’un Réveillez-vous ! du 22 septembre 1992, page 9 dernier alinéas et page 10, que nous trouvons la clé et l’illustration de l’apprentissage comportemental que la Société exerce sur ses sujets captifs et le résultat qu’elle y escompte à terme : «  Vous rappelez-vous le proverbe cité en référence cité en introduction de l’article précédent ? Il dit : « Élève le garçon selon la voie pour lui ; même quand il vieillira, il ne s’en écartera pas. » (Proverbes 22 :6). Ces paroles ne se vérifieront que si l’enfant a assimilé les principes, autrement dit, s’ils sont devenus siens, s’ils font partie intégrante de son attitude d’esprit, de ses sentiments les plus intimes, de sa personne intérieure. Or, comme cela n’est possible que dans la mesure où les parents aient non seulement enseigné ces principes, mais les ont aussi mis en pratique. L’enfant les a alors intégrés à son mode de vie. Ces valeurs sont désormais les siennes, elles font partie de lui. En s’y opposant, ce ne serait pas l’éducation parentale qu’il rejetterait, mais l’individu qu’il est devenu. Il se trahirait, se renierait  lui-même ( 2 Timothée 2 : 13). Or, nous répugnons tous à agir ainsi. L’enfant élevé de cette façon sera donc beaucoup moins susceptible de ‘se détourner de cette voie’ qui lui a été inculquée. Aussi, ayez vous-même une belle attitude, que vos enfants pourront imiter. «  (…)

Voilà donc le mode d’emploi livré par la Société qui vend bien ici la mèche : il faut socialiser très vite l’enfant au modèle parental lequel est lié par le lien d’appartenance au groupe de ses pairs. On devine combien il peut être difficile pour un ado TJ de se renier dans l’hypothèse ou il rejetterait les valeurs « jéhovistes ».

Dans un autre manuscrit, on peut encore lire ses recettes : « les anciens et en particulier les conducteurs d’étude de livre devraient inviter les parents à amener leurs enfants avec eux en prédication. Ne cédons pas au découragement, dit le Béthel, parce que certaines personnes trouveraient à redire au fait que les enfants sont avec leurs parents dans l’œuvre d’évangélisation. Comment les jeunes craignant de rencontrer leurs camarades peuvent-ils faire pour trouver de la hardiesse au lieu d’être démoralisés par cette pensée ? La formation donnée par les parents aidera les enfants à être plus hardis en prédication assure le Béthel dont le discours vise à adapter la structure familiale comme lieu de médiation et en la centrant sur l’enfant. Les adaptations de la structure familiale pour développer sa résilience associent au surveillant président [O1] les parents [O2] reformulant les idées-clés en commentaires engageants et en leur proposant des bénéfices secondaires [O3] dont ils peuvent tirer parti lors de la prédication ».

De plus en plus les jeunes gens lucides quant à ces propos sur lesquels on ne leur demande pas leur avis, qui n'ont donc pas le cerveau formaté ou lavé suffisamment par l'endoctrinement de la Société, souhaitent réussir tout simplement leur vie et/ou leurs études. De fait, la Société doit-elle muscler sa méthode et convaincre doucereusement l'esprit adverse de ceux qui par goût ou choix se destineraient à suivre un cursus supérieur. Tout au plus, la Société conseille-t-elle, on devine le pourquoi, un minimum d'étude au jeune pour lui obtenir juste le nécessaire dans sa vie professionnelle et familiale pour envisager la carrière de pionnier ou de bénévole dans une filiale de la Société.

Par conséquent, à la question que beaucoup de jeunes se posent selon la société Watchtower « Comment réussir sa vie ? » celle-ci, dès l’énoncé de son introduction sur fond négatif (« les objectifs de la vie courante, et les besoins ordinaires, comme "bien gagner sa vie" et "avoir un bon métier", sont des choses vaines et futile, inutiles -- sortant les mots d’ Ecclésiaste 4 :4 de la Bible des Témoins de Jéhovah hors contexte comme a son habitude, --), répond :« la recherche de la réussite matérielle n’est que du vent », pour s’empresser de lister les conditions requises à ses jeunes membres pour s’engager alors à son service comme Témoin de Jéhovah. A une autre question : « Avez vous déjà douté de certaines choses que l’on vous a enseigné ? » -- Le doute sur ce qu'écrit la Watchtower, est considéré comme faiblesse spirituelle, et un penchant a l'apostasie -- elle encourage ses jeunes troupes à prendre du temps pour relire ses publications et relire la Bible rééditée selon ses critères, et de s’engager à penser plutôt à communiquer à leurs camarades ce qu’ils auront appris, au lieu de penser à se construire un avenir professionnel et familial dont ils auront bien le temps de jouir dans l’avenir éternel. De fait, est-il normal de jouer sur la culpabilité de jeunes qui ont désir de se lancer dans une vie active, et de profiter pleinement de leur liberté pour mener à bien une scolarité et des études aussi longues qu’ils le souhaitent ne serait-ce que pour exercer un bon métier ?

Sachant fort bien en fait que les jeunes gens qui se laisseront prendre à ses discours, auront le sentiment alors de perdre vraiment beaucoup de leur temps hors la prédication à plein temps et les cinq réunions par semaine, c’est sûre de son coup que la Société, tablant sur les effets de sa technologie comportementale efficace, fait remarquer que d’ici quelques peu, ces jeunes se sentiront poussés, à vouer leur vie à Dieu, et s’offriront par le baptême. En fait ainsi « extorqué », ce sera plutôt un voeu au service de la Watchtower ! D'ailleurs, elle prend si bien en considération ce choix difficile, elle le mesure si justement, qu’elle leur écrit de "s’en remettre à Dieu" – Dieu = Société ! – A partir de là, aux jeunes gens convaincus de se laisser baptisés, la société n’a plus qu’à dire : "vous devenez Témoins de Jéhovah ; cela devrait influencer profondément sur l’orientation que vous donnerez à votre vie". Rappelant  gentiment que l’offrande de soi signifie « se renier soi même », chers lecteurs vous comprenez déjà où la société Watchtower a réussi à mener « ses » jeunes gens. Et vous pensez fort bien car les paragraphes suivant du tract énumèrent les possibilités organisées pour servir davantage Dieu. En fait, elle les amènera a se renier toujours davantage et concomitamment pour les besoins de son marketing prosélytique : 70 heures chaque mois, et plus de temps dans le ministère pour certains qui auront embrassé la carrière de missionnaire. Il est évident que plus l’ardeur prédicative et la distribution de livres et de périodiques seront fortes plus le retour sur investissement le sera tout également. Au total, en vertu d’un principe bien connu, les recruteurs à leur tour feront de meilleures recrues qui feront de meilleurs recruteurs qui feront de meilleures recrues. ETC.

A cet échelon, la Société des Témoins de Jéhovah ne les rémunérera pas, elle rappellera la gratuité de ce volontariat, en stipulant que ce genre d’activité spirituelle qui n’a pas de prix demande au moins un sacrifice équivalent : le Témoin se dédiant à la cause de son Dieu auquel il s’est volontairement attaché se contentera de peu. A son ministère qui lui demandera le principal de son temps, il se satisfera d’un "travail normal à temps partiel" de quoi lui assurer sa subsistance nécessaire pour lui poursuivre son ministère. De fait, se satisfaire de peu est affaire de pédagogie familiale : c’est aux parents chrétiens que la Société réclame implicitement de prévoir dès l’école, à leur plus jeune âge, leurs jeunes enfants, non à l’idée d’espérer un jour pouvoir gagner beaucoup d’argent en se préparent a un brillant avenir professionnel mais à financer les frais de leur ministère : paiement des publications, essence pour le véhicule, dons à la société etc ; les besoins matériels ordinaires minimum de tout un chacun devenant secondaires. Enfin, la Société rive le clou en rappelant que la vie d’un pionnier à la Watchtower n’est pas axée sur sa carrière professionnelle, mais sur le service qu’il rend à Dieu. La réalité en sera autrement pour le pionnier ou le bénévole : son service permanent dédié à Dieu initialement le sera au bénéfice de la Société Watchtower puisque quelques lignes plus loin la société rappelle ses besoins fonctionnels en personnel et formateurs, dans les régions où pratiquement ses bâtiments se vident et lui coûtent force de frais de fonctionnement fort heureusement non grevés de salaires et charges patronales. Sur ce point, la société garde une pointe de réalisme dans son dernier paragraphe de conclusion : "tout le monde n’est pas apte ni libre de servir à plein temps. La santé, situation financière, obligations familiales limitent les capacités pour aboutir à cet objectif." Tout candidat à la santé valétudinaire représente potentiellement une charge onéreuse en frais de santé et de fait hélas ne peut envisager de se dédier à son service. Preuve est faite en tout cas, que les différents types d’échelons ou options que représentent le service missionnaire, l’école de formation ministérielle, le service au Béthel, le service international etc,. "tout ça finalement c’est pour Dieu que vous le faites jeunes gens. C’est là meilleure manière d’utiliser votre vie, alors pourquoi vous priver de le faire à plein temps ? "

 

En définitive, en laissant accroire que c’est servir Dieu que de servir les intérêts du Royaume dont elle organise elle-même, et sans consulter quiconque, la gestion, la Société Watchtower  s’accapare en fait pour « elle-même » et son expansion, la foi et la dévotion de jeunes gens démunis encore suffisamment d’esprit critique pour discriminer sur le sens de l’attachement exclusif à Dieu dont la Société entend revendiquer ainsi le monopole du sens. On pourrait retenir, pour répondre à notre question de départ, l’analyse du sociologue et arguer que tous les éléments matériels et humains de la société civile sont mésusés pour la cause de l’expansion collective de la secte et que l’éducation citoyenne et scolaire destinée à l’épanouissement de l’enfant est détournée fonctionnellement pour la reproduction sociale de la secte. L’enfant Témoin de Jéhovah n’appartient pas en fait à ses parents, mais dès sa conception à la Société qui lui limite intellectuellement encore son projet et sa capacité critique de s’en rendre compte : « Plus on demande à l’individu de tout abandonner pour se dédier à la cause (« qu’il s’agisse de Jéhovah ou de Krishna) plus le principe du fonctionnement organisateur de la secte révélera toute sa spécificité et sa puissance : à travers le code religieux, elle obtient un supplément de travail de la part des individus en vue d’une plus-value collective, dont ces mêmes individus ne jouiront que modestement, aussi bien en termes économiques que moraux 1 ». Lopinion peut très bien ne pas comprendre la logique sectaire !

 


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Notes

1 Pace Enzo. Sous la direction de Françoise Champion et Martine Cohen. In Sectes et Démocratie. p.243.